LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON
De Julian Schnabel
Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner et Marie-Josée Croze
Mon avis : +++++
Chers lecteurs de ce blog,
J'ai assisté ce jeudi 31 mai 2007 à 15h à l'UGC George V sur les Champs-Elysées à un de ces moments dont rêvent tout passionné de cinéma. Cet instant où l'on comprend que le cinéma est plus qu'une passion, plus que des dialogues et des prises de vue, plus qu'une interprétation... mais bel et bien un lieu métaphysique dans lequel éclatent toutes les frustrations humaines, le vertige, la claustrophobie, la peur, le manque, la vie, la mort... en formant un monde parallèle. Un monde meilleur.
Dès les premières minutes, j'ai compris. J'ai compris que ce film allait être LE film. Cette évidence m'est extrêment difficile à exprimer mais elle est réelle.
Le regard de Jean-Dominique Bauby s'ouvre dans un monde flou, où des femmes et des hommes en blanc forment un ballet médical. Jean-Do, comme l'appellent ses amis, se réveille d'un coma après un accident vasculaire. Ce père de trois enfants, rédacteur en chef du magazine Elle, perd l'usage de toutes ses fonctions motrices et n'a plus qu'un seul oeil qui le relie aux autres et au monde extérieur. Un clignement d'oeil veut dire OUI et deux, NON. C'est cette seule mécanique qui permettra à Jean-Do de se libérer du scaphandre dans lequel il est enfermé.
Julian Schnabel filme le monde à travers les yeux du protagoniste. Ce choix de mise en scène, audacieux et terriblement touchant, donne une puissance incroyable à l'histoire. Le jury du festival de Cannes ne s'est pas trompé en offrant un prix à Schnabel pour son travail d'orfèvre. Une consécration largement mérité pour cet ancien étudiant des beaux-arts de Houston et grande figure du néo-expressionnisme dont c'est le troisième long métrage.
Il choisit de filmer son oeuvre avec un kaléidoscope d'images, de fragments temporels, d'instants évanescents, de bouts de mémoire... Ici, la lumière est parfaite, nostalgique, évocatrice. Les prises de vue sont étudiées, splendides, plan par plan. La caméra virevolte dans l'inconscient de l'homme telle ces papillons symbolisant la mort du scaphandre et capte de manière infintésimale le moindre mouvement de conscience, le moindre début d'émotion, le moindre sursaut de vie.
Quelle leçon de courage et de vie que celle offerte par Jean-Do ! Bien loin du pathos, des poncifs insupportables et condescendants des films hollywoodiens, c'est en gestes corporels syncopés, en mouvements de caméra légers et sublimes, en musique décalée mais tellement vivifiante qu'il nous apparaît qu'un handicap n'est plus un handicap. Comme le dit le malheureux, il ne me reste que "mon imagination et ma mémoire". Et c'est dans ce monde, dans cet univers, que nous amène le film. Celui du combat pour la création.
OUI ! La création est un mode de survie.
Il y a quelque chose de surnaturel dans ce film, comme s'il était habitée par une âme. J'ai compris en sortant de la salle de quoi il s'agissait. Ce n'est pas un film que l'on voit mais plus que ça. On visite l'inconscient. On visite la vie. Mais on visite surtout Jean-Do. C'est pour cela que je parle de film habité. Jean-Do est partout : dans la musique, le sable, la mer, les enfants et même dans le fauteuil d'à côté.
Merci Mathieu Amalric, merci Marie-Josée Croze, Patrick Chesnais, Emmanuelle Seigner... Les cadreurs, régisseurs, preneurs de son, monteurs, chefs opérateurs... Merci de m'avoir offert le plus beau moment de ma vie cinématographique. Merci de m'avoir ému aux larmes, de m'avoir fait rire, espérer, trembler, suffoquer.
Merci Julian Schnabel pour cette démonstration virtuose.
Merci enfin à Jean-Do d'avoir réussi à témoigner à travers un livre poignant et écrit grace à un seul oeil.
Merci.
De Julian Schnabel
Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner et Marie-Josée Croze
Mon avis : +++++
Chers lecteurs de ce blog,
J'ai assisté ce jeudi 31 mai 2007 à 15h à l'UGC George V sur les Champs-Elysées à un de ces moments dont rêvent tout passionné de cinéma. Cet instant où l'on comprend que le cinéma est plus qu'une passion, plus que des dialogues et des prises de vue, plus qu'une interprétation... mais bel et bien un lieu métaphysique dans lequel éclatent toutes les frustrations humaines, le vertige, la claustrophobie, la peur, le manque, la vie, la mort... en formant un monde parallèle. Un monde meilleur.
Dès les premières minutes, j'ai compris. J'ai compris que ce film allait être LE film. Cette évidence m'est extrêment difficile à exprimer mais elle est réelle.
Le regard de Jean-Dominique Bauby s'ouvre dans un monde flou, où des femmes et des hommes en blanc forment un ballet médical. Jean-Do, comme l'appellent ses amis, se réveille d'un coma après un accident vasculaire. Ce père de trois enfants, rédacteur en chef du magazine Elle, perd l'usage de toutes ses fonctions motrices et n'a plus qu'un seul oeil qui le relie aux autres et au monde extérieur. Un clignement d'oeil veut dire OUI et deux, NON. C'est cette seule mécanique qui permettra à Jean-Do de se libérer du scaphandre dans lequel il est enfermé.
Julian Schnabel filme le monde à travers les yeux du protagoniste. Ce choix de mise en scène, audacieux et terriblement touchant, donne une puissance incroyable à l'histoire. Le jury du festival de Cannes ne s'est pas trompé en offrant un prix à Schnabel pour son travail d'orfèvre. Une consécration largement mérité pour cet ancien étudiant des beaux-arts de Houston et grande figure du néo-expressionnisme dont c'est le troisième long métrage.
Il choisit de filmer son oeuvre avec un kaléidoscope d'images, de fragments temporels, d'instants évanescents, de bouts de mémoire... Ici, la lumière est parfaite, nostalgique, évocatrice. Les prises de vue sont étudiées, splendides, plan par plan. La caméra virevolte dans l'inconscient de l'homme telle ces papillons symbolisant la mort du scaphandre et capte de manière infintésimale le moindre mouvement de conscience, le moindre début d'émotion, le moindre sursaut de vie.
Quelle leçon de courage et de vie que celle offerte par Jean-Do ! Bien loin du pathos, des poncifs insupportables et condescendants des films hollywoodiens, c'est en gestes corporels syncopés, en mouvements de caméra légers et sublimes, en musique décalée mais tellement vivifiante qu'il nous apparaît qu'un handicap n'est plus un handicap. Comme le dit le malheureux, il ne me reste que "mon imagination et ma mémoire". Et c'est dans ce monde, dans cet univers, que nous amène le film. Celui du combat pour la création.
OUI ! La création est un mode de survie.
Il y a quelque chose de surnaturel dans ce film, comme s'il était habitée par une âme. J'ai compris en sortant de la salle de quoi il s'agissait. Ce n'est pas un film que l'on voit mais plus que ça. On visite l'inconscient. On visite la vie. Mais on visite surtout Jean-Do. C'est pour cela que je parle de film habité. Jean-Do est partout : dans la musique, le sable, la mer, les enfants et même dans le fauteuil d'à côté.
Merci Mathieu Amalric, merci Marie-Josée Croze, Patrick Chesnais, Emmanuelle Seigner... Les cadreurs, régisseurs, preneurs de son, monteurs, chefs opérateurs... Merci de m'avoir offert le plus beau moment de ma vie cinématographique. Merci de m'avoir ému aux larmes, de m'avoir fait rire, espérer, trembler, suffoquer.
Merci Julian Schnabel pour cette démonstration virtuose.
Merci enfin à Jean-Do d'avoir réussi à témoigner à travers un livre poignant et écrit grace à un seul oeil.
Merci.
