Quand la perfection trouve enfin des chaussures à ses pieds, il faut en parler. Et j'en parle. J'écris ce message alors que je viens tout juste de terminer le visionnage du dernier épisode de la plus grande série de tous les temps.
Lancée en 2001 sur les ondes de HBO, le bébé de Alan Ball (scénariste oscarisé pour sa prouesse d'écriture dans American Beauty) enchaîne très vite les critiques élogieuses et touche un public totalement conquis. Doté d'un casting absolument royal, Six feet under se place aux antipodes des séries actuelles. Anticonformisme teinté d'humour noir, subtilités remarquables au niveau du script, la série qui met en scène la famille Fisher se moque de plaire à la masse. Au contraire, elle abordera de front des thèmes délicats sans la pression insupportable de la censure américaine. Tel est l'avantage de l'avènement des chaînes câblées dans le pays de l'oncle Sam.
Six feet under raconte le quotidien inhabituel et édifiant d'une famille de croquemorts : les Fisher. Le pilot, réalisé par Alan Ball (créateur de la série et ouvertement gay), plante très vite le décor. Nathaniel Fisher meurt dans un accident de voiture et laisse derrière lui trois enfants (deux garçons : Nate et David ; et une fille : Claire), sa femme (Ruth) et l'entreprise familiale. Et ce, le jour de Noel alors que Nate vient voir sa famille pour les vacances. Les deux frères devront reprendre le flambeau de l'entreprise de pompes funébres et affronter leur différence apparente ainsi que les contradictions du métier. Ruth devra apprendre à vivre sans son mari, et à retrouver une once d'espoir. Enfin, Claire, torturée et sincère, tente les expériences de la vie pour trouver sa véritable identité.
Le ton est très vite donné dans les épisodes précédents. Chacun d'entres eux démarre par la mort, inhérente à la série. La mort, partout et toujours. Tantôt drôle, tantôt grave, les différentes morts évoquent les innombrables façons de gérer un deuil, selon la situation familiale ou la croyance.
La force de la série réside dans son écriture. Un style épuré, sincère et ultra-psychologique. Dans chacun des personnages, on retrouve une partie de soi-même. Les acteurs font passer tous les autres acteurs de série pour de la simple pacotille. Six feet under, c'est comme au cinéma. Seulement pour un long-métrage de 64 excellents épisodes. Renforcée par des réalisateurs de talents, des maquilleurs surprenants, des décors adéquates, des lumières sublimes, des costumes parfaits, on en vient très vite à utiliser le mot chef-d'oeuvre.
A la fois grave et émouvant, doux et amer, drôle et sérieux, Six feet under, contrairement à son côté macabre, est un incroyable hymne à la vie. Regarder les épisodes, c'est suivre une thérapie qui nous donne foi en la vie et qui nous prodigue une envie irrépressible de se dépasser pour mieux se connaître. De la première à la dernière image, on est dans les airs. Une série au firmament. Une lumière qui vient de nulle part. Une légende.
La perfection a trouvé son nom : elle s'appelle Six feet under. Pourquoi ? Parce qu'elle agit dans l'évidence du tout. Dans notre évidence à tous. Vivre, c'est apprendre à mourir.