La constance d'un maître

La constance d'un maître
LA JEUNE FILLE DE L'EAU
De M. Night Shyamalan
Avec Paul Giamatti et Bryce-Dallas Howard

Mon avis : ++++

Avant même la sortie du dernier long métrage du maître Shyamalan, la critique a commencé à lui chercher des poux. Pourquoi, à chaque fois qu'un réalisateur épate par son savoir, les critiques se sentent-elles obliger de le tirer vers le bas ? Le même phénomène s'est opéré cette année avec les nombreuses réserves évoquées sur le sublime Marie-Antoinette.
On connait bien évidemment les déboires de M. Night avec Disney. Le monstre américain, fidèle au metteur en scène depuis le brillant Sixième sens, lui a formellement refusé le projet. Son amour propre heurté, Shyamalan, à contre coeur, a proposé le scénario à Warner. A partir de ces infos, les spéculations sont allées bon train évoquant le naufrage du génie.
Seulement, fans de l'univers shyamalesque, rassurez-vous ! Tous les ingrédients qui font du cinéma de Shy un monde à part sont présents : une image léchée, une atmosphère inimitable, une musique sidérante et une mise en scène riche. D'aucuns diront que la facilité est omniprésente dans cette histoire. Mais a-t-on réfléchi au terme "facilité" ? S'est-on demandé une seule seconde comment, à partir d'une histoire aussi saugrenue, Shy a pu délivrer une oeuvre singulière qui ne ressemble qu'à elle-même ?
La jeune fille de l'eau (Bryce-Dallas Howard) est un mélange de l'univers de Tolkien et d'Homère. Bouleversante dans sa fragilité, elle devient le miroir à travers lequel un modeste concierge (superbement interprété par le héros de Sideways) apprendra à accepter le passé. A la fois drôle, fantastique, effrayant ou onirique, le dernier film de Mr. Sixième sens est une réussite sur toute la ligne. Magnifique.

# Posté le mercredi 06 septembre 2006 17:22

Lost in Versailles

Lost in Versailles
MARIE-ANTOINETTE
De Sofia Coppola
Avec Kirsten Dunst et Jason Schwartzman

Mon avis : ++++

En 1996, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, Virgin Suicides avait conquis la critique. Ce long métrage, relatant le mal être de cinq s½urs dans une famille puritaine des années 70, marquait la genèse d'une cinéaste iconoclaste. Sofia Coppola réédite l'exploit en 2004 avec Lost in translation, oeuvre à l'atmosphère éthérée sur la rencontre incongrue à Tokyo entre un acteur américain et la jeune épouse d'un photographe. Les critiques élogieuses pleuvent, la carrière de Scarlett Johansson est lancée et celle de Bill Murray relancée. En deux films seulement, la fille de Francis Ford Coppola parvient à asseoir une réputation de cinéaste aboutie, et ce, malgré ses débuts ratés de comédienne et ses pérégrinations artistiques accessoires.
Virgin Suicides, Lost in Translation et Marie-Antoinette s'inscrivent dans un triptyque gravitant autour du thème du passage de l'adolescence à l'âge adulte. Ils brossent le portrait de filles déboussolées et sans repère qui, en dépit d'une éducation austère, d'un éloignement ou d'un déracinement familial, tentent de se construire et de traverser l'adolescence.
Sofia Coppola a toujours été attirée par l'histoire de Marie-Antoinette, reine qui, contre son gré, fut forcée de quitter l'Autriche pour épouser le roi Louis-Philippe. Catapultée dans un univers différent (comme Scarlett Johansson l'a été dans le Tokyo de Lost in translation), dans un Versailles plein de principes auxquels elle n'adhérait pas, cette adolescente de seize ans doit pourtant s'acclimater à cette vie royale qui lui phagocyte son adolescence. Derrière les traits de Marie-Antoinette se cache une Kirsten Dunst juste en tout point. Sa vacillation entre la légèreté et l'extrême gravité scie parfaitement à son personnage aux prises avec ses envies, ses folies, ses caprices de jeunesse et sa mélancolie.
Sofia Coppola filme son héroïne avec empathie, avec une affection inouïe. Ses mouvements de caméra, la grâce infinie de ses plans ne sont qu'un moyen de dépeindre une femme trop en avance sur son époque. Une sorte de Lady Di avant l'heure. Marie-Antoinette boit, joue aux jeux d'argent, attend que le soleil se lève allongée dans l'herbe de Versailles, applaudit à l'opéra devant la famille royale. Cette modernité est rendue avec un savoir faire propre à la cinéaste. D'ailleurs ne voit-on pas la reine en train de courir dans les couloirs du château sur un tube des Strokes ?
Fidèle à ses tons feutrés, ses plans contemplatifs, sa manière bien à elle de capter la lumière qui jaillit du soleil et qui se réfléchit dans les vitres, à cette main qui caresse des marguerites, Coppola avance avec une force tranquille. Elle maintient les ingrédients qui font de ces trois films un corps unique. Trois films différents et pourtant tellement proches.
Marie-Antoinette est le film de la maturité. Même si beaucoup peuvent lui reprocher des longueurs, ou une bande originale inadaptée, ou une erreur qui n'existe pas, la critique la plus acerbe saura reconnaître la grandeur de cette petite femme. Comédie, film d'époque, mélodrame, le troisième long métrage de Sofia navigue dans les genres, irradie par ses décors, séduit par le casting, étonne par son culot mais surtout épate par sa virtuosité.

# Posté le jeudi 25 mai 2006 19:34

Modifié le vendredi 25 mai 2007 02:53

Femmes, je vous aime

Femmes, je vous aime
VOLVER
De Pedro Almodovar
Avec Penelope Cruz et Carmen Maura

Mon avis : ++++

On comptait les jours. On l'attendait. Impatiemment. Est arrivée ensuite l'affiche, avec le magnifique visage de Penelope Cruz auréolé de fleurs rouges. La beauté sidérante de cette affiche rendant l'attente encore plus difficile. Puis, le 17 mai, il est arrivé.
Depuis des années maintenant, les sorties ciné de Monsieur Almodovar sont de véritables fêtes pour les cinéphiles, les cinéphages, les non-cinéphiles... Actuellement, c'est l'un des rares metteurs en scène qui fait l'unanimité auprès du public et des critiques les plus acerbes. Et VOLVER ne déroge pas à cette règle.

Flash-Back. Né le 25 Septembre 1949 à Calzada de Calatrava, Almodovar se passionne très vite pour le septième art, moyen de s'évader et de fuire une éducation austère chez les pères Salesiens et les Franciscains. C'est avec La mauvaise éducation, son film le plus personnel à ce jour, qu'Almodovar décide de nous conter cet épisode sombre de sa vie. Pleins d'illusions et de lumières dans les yeux, Almodovar entreprend un voyage à Madrid à 16 ans. Il compte y trouver un chemin le menant à la caméra mais l'école Officielle de Cinéma vient de fermer ses portes. Il accepte alors un job dans une compagnie téléphonique qu'il gardera pendant 12 ans. En parallèle, il écrit des scénarios, tourne des courts-métrages et développe sa passion du cinéma.
Almodovar épouse très vite le mouvement culturel de la Movida et réalise des films qui aujourd'hui sont des références. Avec son style kitsh inimitable et son humour hystérico-sexuel, Almodovar séduit le monde entier et révèle des acteurs comme Penelope Cruz ou Antonio Banderas. Pendant ce courant de la Movida, on citera : Femmes au bord de la crise de nerf, Kika, Talons aiguille... Et c'est alors que Pedro Almodovar prend le monde à contrepied.

Tout sur ma mère. Le tournant. Avec tout sur ma mère, le génie espagnol propose un cinéma plus calme, moins hystérique et totalement abouti. On est loin de la Movida et de l'humour psychédélique. A présent, on est dans un domaine de psychologie à la lisière du métaphysique. Puis, trois ans plus tard, débarque en France le plus beau film d'Almodovar (sinon l'un des plus beau de l'Histoire du cinéma) : Parle avec elle. Il dresse une galerie de personnage superbe évoluant dans une histoire dure et universelle. On trouvera dans ce film quelque chose qu'on avait jamais vu jusqu'alors : une perfection qui flirte avec l'insolence. Vient ensuite La mauvaise éducation, magnifique film à tiroirs, narrant le poids de l'église sur l'enfance déchue dans une ambiance Hitchockienne.

VOLVER. Palme d'or ?
Dans Volver, Almodovar retrouve Penelope Cruz, qu'il avait dirigée dans Tout sur ma mère, et lui offre le plus beau rôle de sa carrière. Almodovar aime les femmes et les filme avec une précision et une sensibilité imparable. Volver navigue entre la comédie et le drame sans jamais perdre le Nord. Il reste aux rebords de chaque domaine avec cette précision clinique dont il connait si bien la recette (Cf. Parle avec elle). Il suit du regard des femmes seules, veuves, tristes mais dignes dans un patelin venteux d'Espagne.
Volver regroupe tout ce que le cinéma d'Almodovar a de magique : un humour formidable, une sensibilité sous-jacente qui frôle le public comme une légère brise et ces couleurs vives, vestiges de ses films d'avant.
Volver est encore une fois une très belle réussite du réalisateur à qui on souhaite le meilleur à Cannes.

Pedro Almodovar a-t-il été touché par la grâce à sa naissance ?

# Posté le samedi 20 mai 2006 14:02

Modifié le samedi 20 mai 2006 14:15

Bulle de curiosité(s)

Bulle de curiosité(s)
BUBBLE
De Steven Soderbergh
Avec Debbie Doebereiner, Dustin Ashley, Misty Wilkins

Mon avis : +++

L'oeuvre de Steven Soderbergh ressemble à une falaise escarpée. Elle est irrégulière mais intéressante. Celui qui a été révélé mondialement avec son Traffic viscéral et sa pléiade de stars offre avec ce (petit) film un ovni complètement expérimental de 1h13 .
L'une des belles particularités de Soderbergh est son désir de se faire plaisir. Via sa société de production, il nous a offert quelques bons petits films d'auteur comme Solaris avec George Clooney. Avec ses grosses productions Ocean's eleven, Ocean's twelve et bientôt Ocean's thirteen (dans lequel pourrait apparaître Celine Dion pour la première fois au cinéma) et leur succès commercial, le réalisateur américain peut prendre des risques simplement pour se faire plaisir. Avec les recettes accumulées, il se destine à mettre en images des histoires atypiques avec une manière de conter très personnelle. Et il s'en fiche si le film ne marche pas ! Les recettes des uns épongent les pertes des autres. Voilà ce qui définit le mieux le brillant Soderbergh. Son postulat à lui.
Bubble est un étrange petit film. Un cadeau que Soderbergh offre à ses fans et avant tout, une gâterie à lui-même. Le trailer annonçait déjà la couleur, avec des images cadencées de poupées. On savait à quoi s'attendre. Pas à un film, mais plutôt à une curiosité. Une expérimentation. Muni d'un casting d'inconnus, Soderbergh tisse une histoire simple et complexe. Avec, en filigrane, une BO composée par une seule guitare, le metteur en scène sonde une ville lamda des Etats-Unis et dresse un portrait organique d'une Amérique oubliée.
Un petit film mystérieux et intéressant, qui le temps d'1h13, a pris la peine et l'intelligence d'explorer les frustrations des uns, le poids du quotidien qui s'écrase sur d'autres mais surtout le malaise.
Un film très spécial qui vaut vraiment le coup d'être découvert. L'Amérique face à ses démons.

# Posté le samedi 13 mai 2006 10:49

Modifié le lundi 01 décembre 2008 11:46

Chronique d'un bourbier

Chronique d'un bourbier
COMMENT T'Y ES BELLE !
De Lisa Azuelos
Avec Michèle Laroque, Aure Atika et Valérie Benguigui

Mon avis : -

Après un marketing polissé à l'usure et fort de ses mini extraits avant sa sortie en salle, Comment t'y es belle ! est (enfin) arrivé sur les écrans. Malgré ses petits trailers alléchants, le film de Lisa Azuelos, qui se veut être une version féminisé de La vérité si je mens, atteint des sommets de nullités.
Dans une galerie de personnages censés être attachants et drôles, il n'y a que Michèle Laroque qui existe. Elle tente d'inssufler au film une certaine teneur, une énergie et une fraîcheur. Mais malheureusement, elle s'est heurtée à la question suivante : comment se sortir d'un tel bourbier ? A aucun moment, le film ne sort des sentiers battus. Azuelos se contente d'enchaîner avec une facilité éreintante les clichés (qui sont passés au peigne fin), les personnages creux, les situations absurdes... Ici, tout est grossi, caricaturé à l'extrême comme dans l'une des plus mauvaises comédies de teen-age américaines ; c'est dire !
Au sortir, on se demande si on a réussi à entrevoir derrière ce capharnaum, une once de ce qui voulait être atteint : faire rire.
Passez votre chemin...

# Posté le vendredi 12 mai 2006 10:40