Fable de coeur(s)

Fable de coeur(s)
IRINA PALM
De Sam Garbarski
Avec Marianne Faithfull, Miki Manojlovic et Kevin Bishop

Mon avis : ++++

Irina Palm est le sobriquet de Maggie. Grand-mère veuve, elle assiste à la méchanceté du cancer qui dévore son petit-fils, impuissante car financièrement dans le rouge. Avec un fils au chômage, il est très difficile d'envisager un éventuel traitement pour l'enfant en Australie. Alors, dans le désespoir qui gangrène la famille, Maggie accepte l'inacceptable : un poste de "branleuse d'hommes" chez Sex World à Soho. Cette vieille femme, jusqu'alors confinée dans l'austérité de sa vie, découvre un univers tamisé, rougeâtre dans lequel des hommes esseulés viennent déverser leur frustration dans ce maudit "trou", dans lequel des pervers lorgnent de leurs prunelles concupiscentes les silhouettes des strip-teaseuses.
Le contraste est tellement frappant qu'il en devient drôle, voire jouissif. Le pathétique de la situation n'a alors plus rien de malsain ou de vulgaire. Sam Garbarski est parvenu à réaliser un film tout public alors que la plupart des scènes ont un lien direct avec le sexe. Comment ? Par le biais d'une mise en scène dépouillé de superflus scénaristiques. Le metteur en scène, armé d'une bande originale parfaite (signée Ghinzu), parvient à narrer cette histoire comme une fable sur la vie, sur le courage mais surtout sur le sacrifice.
La réussite du film est en grande partie le résultat d'une interprétation remarquable de Marianne Faithfull. Elle transcende l'histoire et sublime la caméra. Sa justesse a quelque chose d'éblouissant et de fascinant. Elle n'en fait jamais des tonnes, ne sombre aucunement dans le pathos (alors que le propos est quand même résolument dramatique). Bien au contraire, elle compose une Irina Palm drôle, parfois caustique, dévouée, souvent bouleversante.
Le film véhicule l'espoir. Il montre que l'on peut trouver le salut dans l'apparente perversité du monde. A l'instar d'Irina Palm, des personnes trouveront le moyen de croire que l'on peut changer les choses avec une conviction et un élan.
Irina Palm est très clairement le plus beau film de l'année en cours. A voir. Et à revoir. Bravo.

# Posté le mardi 29 mai 2007 16:56

Modifié le jeudi 31 mai 2007 14:07

TOP 30 - 2006

TOP 30 - 2006
Après un an dans les salles obscures, voici mon top 30 de 2006.

1. C.R.A.Z.Y.
2. BABEL
3. LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN
4. MARIE-ANTOINETTE
5. LITTLE MISS SUNSHINE
6. LA JEUNE FILLE DE L'EAU
7. VOLVER
8. JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS
9. TRANSAMERICA
10. LE NOUVEAU MONDE
11. OSS 117, LE CAIRE NID D'ESPIONS
12. THE SECRET LIFE OF WORDS
13. MUNICH
14. LA SCIENCE DES REVES
15. SHOOTING DOGS
16. BRICK
17. UN CRIME
18. QUAND J'ETAIS CHANTEUR
19. INDIGENES
20. MIAMI VICE
21. ROMANZO CRIMINALE
22. SYRIANA
23. WALK THE LINE
24. JARHEAD
25. VOL 93
26. ARRIVEDERCI AMORE, CIAO
27. WOLF CREEK
28. LA COLLINE A DES YEUX
29. BUBBLE
30. TRUMAN CAPOTE

# Posté le dimanche 24 décembre 2006 04:35

Giannoli frappe fort

Giannoli frappe fort
QUAND J'ETAIS CHANTEUR
De Xavier Giannoli
Avec Gérard Depardieu et Cécile de France

Mon avis : ++++

Après Les corps impatients et Une aventure, Xavier Giannoli revient bousculer le paysage du cinéma français. Quand j'étais chanteur est clairement un film charnière, celui qui confirme le talent d'un metteur en scène. En 2003 déjà, avec Les corps impatients, le jeune réalisateur avait créé la sensation en révélant au public Laura Smet, fille de... Dans cette histoire torturée adapté d'un livre de Christian de Montella, la critique voyait déjà en lui un talent inné de direction des acteurs. Fidèle à Duvauchelle, il choisira pour son deuxième film Ludivine Sagnier. Une aventure, nettement moins réussi que son premier long métrage, n'en reste pas moins un produit de qualité.
Et, pour son troisième film, c'est le coup de maître. Avec une mise en scène totalement dévouée à ses acteurs, Giannoli pose un regard sur eux d'une pertinence trop rare dans le cinéma actuel. Derrière la caméra de Xavier, notre Cyrano livre une de ses plus belles prestations depuis un bon moment. L'acteur réalise un rôle de composition tout en retenue, riche en subtilités. Il campe un chanteur de province dénommé Alain Moreau, en manque d'amour, se produisant dans des bars, des casinos ou des maisons de retraite. Le pilier de son existance reste la musique. Mais les bases risquent de s'effondrer alors qu'Alain sent qu'il n'intéresse plus personne. Et qu'il reste une espèce de fond sonore servant à enivrer des célibataire en mal être. Jusqu'à ce que Marion entre en scène. Jeune femme fragile, élevant seule son fils, elle viendra insuffler un nouvel air dans la vie de ce chanteur au coeur fragile. D'emblée, la magie s'opère entre les deux comédiens. Cécile de France, face à Depardieu, réalise sa plus belle interprétation à ce jour. Servis par un scénario intelligent et sensible, les acteurs font leur boulot. Et ils le font parfaitement si bien que le public n'a plus envie de les quitter.
Quand j'étais chanteur est avant tout un film d'amour. On n'oublira pas cette première scène durant laquelle chacun des personnages auscultent l'autre, en entrevoyant quelque chose de salvateur. Giannoli nous offre un film somptueux qui redonne espoir et foi en l'amour. Donc, en tout. Bravo.

# Posté le vendredi 22 septembre 2006 07:00

Un navet bien mariné malgré...

Un navet bien mariné malgré...
WORLD TRADE CENTER
De Oliver Stone
Avec Nicolas Cage, Michael Pena et Maria Bello

Mon avis : +

L'enfant insolent d'Hollywood, celui qui ose, qui dérange, qui fait réfléchir... Le père de Platoon, Tueurs Nés ou JFK, connu pour son engagement et son sens de la réflexion à travers la pellicule... Difficile de croire, après un peu plus de deux heures de film, qui c'est ce Oliver Stone là qui a réalisé World Trade Center.
On attendait quelque chose de plus, une proposition nouvelle sur ce tragique évènement. On n'obtient ni plus ni moins qu'un film lisse et dégoulinant de bons sentiments mené par des dialogues insipides et des acteurs poussièreux.
11 septembre, il fait beau à New-York. Les bâtiments sont haut. Les Américains marchent. Les pompiers se réveillent. Baillent. Regardent le ciel bleu. Les deux tours sont là. Les premières minutes, malgré la banalité apparente des images, sont les plus réussies. Le spectateur assiste au quotidien d'une ville qui se réveille. Ce dernier sait ce qui se passera dans les minutes qui vont suivre. Et cela le dérange. Car cette banalité-là n'est pas New-Yorkaise mais bel et bien universelle. Alors Oliver filme le métro, la statut de la liberté... et les hommes : entités statiques ou dynamiques, témoins de l'horreur. Les pompiers s'organisent alors lorsque le premier avion percute la tour 1. Le metteur en scène parvient très bien à décrire le désarroi et l'incompréhension des pompiers, qui peinent à organiser une évacuation à laquelle ils ne sont absolument pas entraînés. A ce moment précis, on ne peut reprocher à Oliver d'utiliser le patriotisme américain puisque des pompiers sont rentrés dans le bâtiment au gré de leur propre vie. C'est un fait. Ensuite, ils sont tous à l'intérieur et commence cette scène remarquable et glaçante de la chute de la tour. Les effets spéciaux sont impressionnants. Après, c'est l'obscurité. Aussi bien pour les héros piégés que pour le public.
Pendant près d'1h30, nous assistons à un dialogue stupide entre deux hommes lambda des USA. Deux pères aimants qui vont se battre, avaler de la poussière, hurler, pleurer, voir Dieu... Au delà de ces scènes effarantes et complètement rasoir, Oliver utilise des flash-back. Non pas pour renforcer les propos de l'évènement en question mais plutôt celui qui renforce l'envie sirupeuse de faire chialer la salle. Malheureusement, et là est un autre drame, Maria Bello et ses ridicules lentilles bleues et Maggie Gyllenhaal sont pas du tout touchantes. Loin de son superbe rôle dans A history of violence, Bello est navrante dans son rôle de mère.
D'accord Nicolas Cage se débat comme il peut, au propre comme au figuré. D'accord, les effets spéciaux sont réussis. Mais que reste-t-il ? Un film dénué de réflexion et d'interêt. Un long-métrage que l'on aurait voulu acerbe et engagé mais qui reste gangréné par des milliers de poncifs. Un film qui aurait pu être réalisé par n'importe qui. Car soyons honnêtes, l'ombre de Stone plane trop rarement dans ce drame lacrymal. Une étoile symbolique pour le courage et les scènes d'actions.

# Posté le jeudi 21 septembre 2006 06:31

Cinquième film au firmament

Cinquième film au firmament
JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS
De Philippe Lioret
Avec Mélanie Laurent, Kad Merad et Julien Boisselier

Mon avis : ++++

Il n'est pas courant de voir un metteur en scène maîtriser avec autant de talent sa tête d'affiche. Il y a eu récemment Joshua Marston pour Maria pleine de grâce ou Patty Jenkins pour Monster. Et aujourd'hui, il y a Philippe Lioret, chef d'orchestre de cette adaptation du livre d'Olivier Adam (Le dillettante).
La surprise est de taille. Tout d'abord, à l'image d'un Kad à contre-emploi dans un rôle dramatique qu'il négocie à la perfection. Ensuite, il y a les autres acteurs qui sont au diapason ; chacun excellent dans son rôle. Ici, personne ne surjoue. Tout est naturel, vrai et évident. Enfin, il y a Mélanie Laurent sublimée par la caméra de Lioret. Le metteur en scène, parvient, avec toute la sobriété du monde, à nous faire vivre émotionnellement ses moindres sensations. Une alchimie impressionnante s'est créée entre Lioret et Laurent. Sans fioriture, sans artifice dramatique ou poncifs grandiloquants, le réalisateur s'arme de sa sensibilité pour filmer une histoire dont il a compris tous les rudiments. Il avance avec assurance jusqu'à un final d'une densité émotionnelle rare dans le cinéma français actuel.
Je vais bien, ne t'en fais pas sonde le manque, le vertige du manque, le poids du manque mais surtout le combat contre le manque. Assurément un chef d'oeuvre.

# Posté le jeudi 07 septembre 2006 10:59

Modifié le dimanche 10 septembre 2006 12:08