Johnny chien méchant !

Johnny chien méchant !
JOHNNY MAD DOG
De Jean-Stéphane Sauvaire
Avec Christopher Minie, Daisy Victoria Vandy et Dagbeh Tweh

Mon avis : +++

Pour son premier film, Jean-Stéphane Sauvaire prend le pari risqué de poser sa caméra dans la tourmente et l'indicible horreur du conflit Libérien. Avec un montage nerveux et des plans très serrés, les premières minutes donnent le ton et placent le spectateur au coeur de l'action. Petites silhouettes qui courent, hurlent, tenant dans leurs petites mains des armes meurtrières. Ils pillent, menacent et tuent sommairement ceux qui barrent leur route. Le long métrange suit la progression chaotique d'une bande d'enfants soldats enrolés de force dans un conflit intestin. Avec une énergie qui n'est pas sans rappeler "La cité de Dieu" de Meirelles, Sauvaire a voulu retranscrire au plus près le quotidien de ces bambins criminels. Pour cela, il n'a pas hésité à recruter d'anciens enfants soldats sur les conseils de chefs de guerre. Tourné intégralement au Libéria, Johnny Mad Dog est un formidable portrait de ces enfants tueurs. Bloc de violences, constat brut et sans concession de ces enfances consumées, cette première oeuvre prometteuse renferme un réalisme quasi-documentaire. On en ressort essorés, interdits, sonnés par un dernier face à face qui résume à lui tout seul l'absurdité humaine. Les plus optismites pourront peut-être y déceler une lueur d'espoir.
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# Posté le lundi 01 décembre 2008 11:40

Joyeuses retrouvailles

Joyeuses retrouvailles
UN CONTE DE NOEL
D'Arnaud Desplechin
Avec Catherine Deneuve et Mathieu Amalric

Mon avis : ++++

Près de trois ans se sont écoulés depuis le formidable Rois et Reines, porté par une presse enthousiaste. Trois années qui ont permis à Arnaud Desplechin de construire et peaufiner son nouvel objet cinématographique : Un conte de Noël. Présenté en sélection officielle au dernier festival de Cannes, le long métrage suit les vicissitudes d'une famille à l'occasion des fêtes de Noël.

Dès l'entame, le metteur en scène prend le temps de préciser les personnages, tout en laissant suffisamment d'ombre pour les révéler avec une grâce qui n'appartient qu'à lui. En 2h30, rien ne vient interrompre la force tranquille avec laquelle Desplechin orchestre son intrigue. Fort d'une pléthore de comédiens aussi justes qu'émouvants, il instille, au gré des humeurs et des dérives verbales, une saveur acidulée à ce portrait de famille. Parmi les interprètes figure l'excellent Mathieu Amalric, fils malaimé et incompris, direct et (in)sensible. Il incarne la pomme de la discorde balancée dans la gueule policée de ce parterre familial. Le trublion débarque en apportant avec lui les animosités vivaces qui campaient la maisonnée depuis une période ancestrale. Catherine Deneuve, impeccable en mère de famille blasée dans l'attente d'une greffe, confère au tableau une sorte de rupture délicieuse. Une mention spéciale sera attribuée à la scène de retrouvailles entre Amalric et Deneuve, écrite avec le tranchant d'un scalpel.

Les conflits naissent et sont exposés avec la sobriété et l'intelligence d'une mise en scène (au cordeau) qui n'est pas sans rappeler Bergman ou Vinterberg. Desplechin filme en apportant suffisamment de modernité à sa rigueur avant-gardiste, sans négliger la lumière ou la bande originale.

Le cancer, les cicatrices fratricides, l'arrivée d'une inconnue, la pièce de théâtre, les amours enfouies, la folie, la peur de mourir et de vivre se croisent pêle-mêle dans un film plein de sève et de mordant. Un conte de Noël est un conte pour adultes, avec un assaisonnement à dominante acide qui titillera vos zygomatiques, et qui vous prendra aux trippes avec toute l'ironie du monde.

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# Posté le dimanche 19 octobre 2008 07:09

La vengeance est un plat qui se mange froid

La vengeance est un plat qui se mange froid
MARTYRS
De Pascal Laugier
Avec Mylène Jampanoï et Morjana Alaoui

Mon avis : ++

« Enfin ! », cracheront les fans. Le 29 mai dernier, comme pour Baise-Moi de Virginie Despentes, la Commission de Classification des Films avait choisi d'interdire Martyrs aux moins de 18 ans. Très vite, des voix se sont élevées contre cette décision condamnant le film à une véritable tragédie commerciale : cinq copies tout au mieux pour sa sortie et des diffusions aux horaires des films pornos à la télé. Par conséquent, la sortie française prévue pour le 18 juin, a été repoussée jusqu'à nouvel ordre par Wild Bunch, le distributeur du long métrage.

Pascal Laugier n'a pas jeté pour autant l'éponge et a décidé de sauver son ½uvre. Après un entretien avec Christine Albanel, ministre de la Culture, et à la suite d'une foultitude de tractations, Martyrs se voit finalement interdit aux moins de 16 ans avec un avertissement. Victoire au poing, donc, avec des fans usés par une attente qui a commencé depuis le festival de Cannes, d'où le buzz est parti. Alors au final : pétard mouillé ou ovni ?

Une certitude : Martyrs se classe d'emblée dans la catégorie des films qu'on ne reverra pas, ces ½uvres qui par leur violence laissent une trace au fer rouge dans la mémoire des spectateurs. Construit en trois phases, le long-métrage ne repose pas, comme chez Shyamalan par exemple, sur une série de twists scénaristiques. Elle est simple, peut être même trop simple, et sa finalité demeure discutable éthiquement.

La banalité du scénario est certes contrebalancée par un souci de l'esthétique sidérant. Pascal Laugier, qui a préféré tourner au Canada pour la qualité de la lumière, réalise un véritable tour de force en termes de mise en scène. Dès les premiers instants, il installe une ambiance poisseuse et singulièrement oppressante et nous emprisonne dans nos sièges grâce à une séquence de massacre qui fera date dans le genre. L'originalité de Martyrs réside principalement dans sa déconstruction qui rend le scénario moins indigent et également dans la trituration des codes de l'horreur. Ici, il n'y a point de second degré comme dans les films gores de base, que l'on regarde avec un sourire angoissé ou dégoûté. Là, tout est reçu de manière violente, traumatisante, réaliste. Laugier avance, implacable et sans baisse de régime, dans un voyage qui mènera au c½ur de la brutalité humaine. Mais au profit de quoi ? Pourquoi ? Le spectateur se demandera constamment ce qui justifie un tel degré d'abominations visuelles et jugera, lorsque les lumières se rallumeront, si cette torture cinématographique en valait la peine.

Sans révolution dans les propos, Martyrs n'en demeure pas moins un objet cinématographique atypique et puissant qui va sûrement valoir à Laugier, après Alexandre Aja, une sollicitation Outre Atlantique. Ames sensibles d'abstenir.
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# Posté le dimanche 19 octobre 2008 07:04

Un papillon immense !

Un papillon immense !
LE SCAPHANDRE ET LE PAPILLON
De Julian Schnabel
Avec Mathieu Amalric, Emmanuelle Seigner et Marie-Josée Croze

Mon avis : +++++

Chers lecteurs de ce blog,
J'ai assisté ce jeudi 31 mai 2007 à 15h à l'UGC George V sur les Champs-Elysées à un de ces moments dont rêvent tout passionné de cinéma. Cet instant où l'on comprend que le cinéma est plus qu'une passion, plus que des dialogues et des prises de vue, plus qu'une interprétation... mais bel et bien un lieu métaphysique dans lequel éclatent toutes les frustrations humaines, le vertige, la claustrophobie, la peur, le manque, la vie, la mort... en formant un monde parallèle. Un monde meilleur.
Dès les premières minutes, j'ai compris. J'ai compris que ce film allait être LE film. Cette évidence m'est extrêment difficile à exprimer mais elle est réelle.
Le regard de Jean-Dominique Bauby s'ouvre dans un monde flou, où des femmes et des hommes en blanc forment un ballet médical. Jean-Do, comme l'appellent ses amis, se réveille d'un coma après un accident vasculaire. Ce père de trois enfants, rédacteur en chef du magazine Elle, perd l'usage de toutes ses fonctions motrices et n'a plus qu'un seul oeil qui le relie aux autres et au monde extérieur. Un clignement d'oeil veut dire OUI et deux, NON. C'est cette seule mécanique qui permettra à Jean-Do de se libérer du scaphandre dans lequel il est enfermé.
Julian Schnabel filme le monde à travers les yeux du protagoniste. Ce choix de mise en scène, audacieux et terriblement touchant, donne une puissance incroyable à l'histoire. Le jury du festival de Cannes ne s'est pas trompé en offrant un prix à Schnabel pour son travail d'orfèvre. Une consécration largement mérité pour cet ancien étudiant des beaux-arts de Houston et grande figure du néo-expressionnisme dont c'est le troisième long métrage.
Il choisit de filmer son oeuvre avec un kaléidoscope d'images, de fragments temporels, d'instants évanescents, de bouts de mémoire... Ici, la lumière est parfaite, nostalgique, évocatrice. Les prises de vue sont étudiées, splendides, plan par plan. La caméra virevolte dans l'inconscient de l'homme telle ces papillons symbolisant la mort du scaphandre et capte de manière infintésimale le moindre mouvement de conscience, le moindre début d'émotion, le moindre sursaut de vie.
Quelle leçon de courage et de vie que celle offerte par Jean-Do ! Bien loin du pathos, des poncifs insupportables et condescendants des films hollywoodiens, c'est en gestes corporels syncopés, en mouvements de caméra légers et sublimes, en musique décalée mais tellement vivifiante qu'il nous apparaît qu'un handicap n'est plus un handicap. Comme le dit le malheureux, il ne me reste que "mon imagination et ma mémoire". Et c'est dans ce monde, dans cet univers, que nous amène le film. Celui du combat pour la création.
OUI ! La création est un mode de survie.
Il y a quelque chose de surnaturel dans ce film, comme s'il était habitée par une âme. J'ai compris en sortant de la salle de quoi il s'agissait. Ce n'est pas un film que l'on voit mais plus que ça. On visite l'inconscient. On visite la vie. Mais on visite surtout Jean-Do. C'est pour cela que je parle de film habité. Jean-Do est partout : dans la musique, le sable, la mer, les enfants et même dans le fauteuil d'à côté.
Merci Mathieu Amalric, merci Marie-Josée Croze, Patrick Chesnais, Emmanuelle Seigner... Les cadreurs, régisseurs, preneurs de son, monteurs, chefs opérateurs... Merci de m'avoir offert le plus beau moment de ma vie cinématographique. Merci de m'avoir ému aux larmes, de m'avoir fait rire, espérer, trembler, suffoquer.
Merci Julian Schnabel pour cette démonstration virtuose.
Merci enfin à Jean-Do d'avoir réussi à témoigner à travers un livre poignant et écrit grace à un seul oeil.
Merci.

# Posté le jeudi 31 mai 2007 14:01

Modifié le lundi 01 décembre 2008 11:44

Au secours !

Au secours !
JESUS CAMP
De Heidi Ewing et Rachel Grady
Avec Becky Fischer et Mike Papantonio

Mon avis : +++

Quel constat glaçant que celui livré par les talentueuses Heidi Ewing et Rachel Grady ! Les deux réalisatrices éludent habilement la manière parfois poussive (mais géniale) des documentaires de Michael Moore en adoptant un ton neutre pour souligner la gravité du propos et donner de la force aux images. Elles filment des scènes réelles, un univers vrai et effrayant dans lequel les enfants n'ont pas le droit de lire Harry Potter mais peuvent se consoler en se prosternant devant un poster de George W. Bush. Des fragments de pellicules qui capturent ces instants destabilisants pendant lesquels les mômes se roulent par terre en pleurant pour toucher le divin, pour accéder au message de Dieu.
Voilà le but majeur du film : porter un regard d'une neutralité aussi tranchante qu'un sabre de samourai sur un phénomène religieux (né, comme par hasard, après le 11 septembre). Des familles payent un séminaire d'évangélisation à leurs garnements (Jesus camp) mené tambour battant par Becky Fisher, femme abominablement persuasive qui imprègne de messages politico-religieux, d'idéologie néo-conservatrice la psychée des cobayes. Des enfants de moins de 12 ans pour la plupart à qui on effectue un véritable lavage de cerveau en évoquant la reprise du pouvoir en Amérique au nom du Christ.
Ils entrent alors dans des transes digne de la culture vaudoue ou des cultes chamaniques au nom d'une idéologie appuyée sur les convictions néoconservatrices et régis par les faucons de la Maison Blanche. Les deux cinéastes captent ces instants absolument glaçants, voire choquants durant lesquels des enfants perdent leur innocence en essayant de renaître une seconde fois afin de mener cette pseudo-croisade au profit d'une amérique messianique. Le brio et l'intelligence de la dénonciation forcent le respect du spectateur qui, pendant la durée du film, est littéralement scotché par l'horreur des images.
Avant d'être un documentaire, Jesus camp est un film d'horreur dans la lignée de l'exorciste ou de la colline a des yeux. Le constat est "very creepy".

# Posté le mardi 29 mai 2007 17:23